Quand l’étiquetage des calories devient un piège : ce que l’on ne vous dit pas sur votre assiette
Les étiquettes caloriques sur les menus : un danger pour les personnes souffrant de troubles alimentaires ?
Les étiquettes caloriques sur les menus des restaurants, cafés et autres établissements de restauration ont été mises en place dans le but d’aider à lutter contre l’obésité. Cependant, des recherches récentes mettent en lumière un aspect préoccupant : ces étiquettes pourraient aggraver les troubles alimentaires chez certaines personnes.
Une étude révélatrice
Une revue de 16 études menées aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en Arabie Saoudite, et portant sur un total de 8 074 participants, a été publiée dans le British Medical Journal Public Health. Les chercheurs ont examiné l’impact des étiquettes caloriques sur les personnes ayant un vécu de troubles alimentaires. Les résultats indiquent que ces étiquettes peuvent avoir des effets néfastes, notamment pour les personnes souffrant de troubles alimentaires restrictifs.
Les chercheurs ont noté que plusieurs impacts négatifs ont été observés :
- Évitement de certains restaurants en raison des étiquettes caloriques.
- Déclenchement de pensées liées aux troubles alimentaires.
- Attention accrue portée aux étiquettes caloriques, comme le montre une étude d’eye-tracking.
Un exemple frappant provient d’une étude américaine où les personnes atteintes d’anorexie ou de boulimie ont choisi des aliments contenant en moyenne 550 calories lorsqu’elles avaient accès aux étiquettes, contre 1 615 calories sans ces informations. Cette différence souligne l’effet que les étiquettes peuvent avoir sur les choix alimentaires des individus vulnérables.
Une législation controversée
En 2022, une loi a été introduite en Angleterre pour obliger les établissements de restauration de plus de 250 employés à afficher les calories sur leurs menus, dans le but de réduire les taux d’obésité. Cependant, des études récentes remettent en question l’efficacité de cette mesure. Une revue Cochrane a suggéré que les étiquettes caloriques entraînent une baisse marginale de la consommation, à peine une chips de moins par repas.
Les chercheurs de la revue en question, Dr Nora Trompeter et Dr Tom Jewell, soulignent l’importance de considérer les effets potentiellement nuisibles des politiques de labellisation nutritionnelle sur les personnes souffrant de troubles alimentaires. Ils insistent sur la nécessité de mener des recherches supplémentaires, notamment auprès des jeunes, souvent laissés de côté dans ces études.
Les voix des experts
Tom Quinn, directeur des affaires externes de l’association Beat, qui se consacre aux troubles alimentaires, a déclaré que cette recherche fondamentale s’ajoute à un ensemble croissant de preuves indiquant que les étiquettes caloriques ne profitent à personne. Il a mis en avant les effets néfastes que ces étiquettes peuvent avoir, notamment :
- Augmentation de l’anxiété et du stress.
- Comportements alimentaires nuisibles, tels que la suralimentation ou la restriction alimentaire.
- Difficultés accrues pour ceux qui cherchent à se rétablir de troubles alimentaires.
Quinn a appelé le gouvernement à reconsidérer cette mesure de santé publique, qui, selon lui, ne fonctionne pas et nuit à de nombreuses personnes.
Un appel à l’action
Le département de la santé et des services sociaux du Royaume-Uni a affirmé son engagement à lutter contre l’obésité, tout en promettant d’évaluer l’impact des étiquettes caloriques sur les personnes souffrant de troubles alimentaires. Ce plan comprend :
- La livraison de thérapies de soutien à 380 000 patients supplémentaires.
- Le recrutement de 8 500 professionnels de la santé mentale.
- L’accès à un soutien en santé mentale dans toutes les écoles.
Il est crucial que les décideurs politiques prennent en compte les implications de ces étiquettes non seulement pour la lutte contre l’obésité, mais aussi pour la santé mentale des millions de personnes souffrant de troubles alimentaires.
Vers une meilleure compréhension
La question des étiquettes caloriques sur les menus ne se limite pas à la lutte contre l’obésité. Elle soulève des préoccupations importantes concernant la santé mentale et le bien-être des individus. Il est essentiel d’adopter une approche équilibrée qui reconnaît les bénéfices et les risques associés à cette pratique.
En fin de compte, il est impératif que les politiques publiques reflètent non seulement des données sur la nutrition, mais aussi les expériences vécues des personnes touchées par ces questions. La santé et le bien-être de tous doivent être au centre des préoccupations des politiques alimentaires.



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