La démission collective des éditeurs : quand l’intelligence artificielle menace l’intégrité scientifique
Des démissions massives au sein du Journal of Human Evolution : une crise de l’édition scientifique
Au cours du week-end des fêtes, presque tous les membres du conseil de rédaction du Journal of Human Evolution (JHE), publié par Elsevier, ont démissionné avec une profonde tristesse, marquant ainsi un tournant significatif dans le monde de l’édition scientifique. Selon Retraction Watch, cette démission est la vingtième d’une revue scientifique depuis le début de l’année 2023, alimentée par divers points de tension, notamment les changements controversés dans les modèles économiques de l’édition scientifique.
Une décision douloureuse pour les éditeurs
Dans une déclaration commune, les membres du conseil ont exprimé leur douleur tout en affirmant avoir consacré des années de travail à faire du JHE une référence en recherche paléoanthropologique. Ils ont souligné qu’ils ne pouvaient plus travailler avec Elsevier en toute conscience en raison de changements qui, selon eux, vont à l’encontre des principes éditoriaux de longue date de la revue. Parmi ces changements, on note :
– Suppression du soutien à un éditeur de copie, laissant les membres du conseil gérer ces tâches.
– Restructuration du conseil de rédaction, visant à réduire le nombre d’éditeurs associés de plus de la moitié.
Un contrôle éditorial en déclin
La décision de réduire le nombre d’éditeurs a suscité des inquiétudes quant à la qualité de la révision par les pairs, car cela entraînera moins d’éditeurs traitant un plus grand nombre de papiers, souvent en dehors de leur domaine d’expertise. De plus, Elsevier a récemment pris le contrôle total de la structure du conseil, obligeant tous les éditeurs associés à renouveler leurs contrats chaque année, ce qui soulève des questions sur l’indépendance et l’intégrité éditoriales.
Une utilisation problématique de l’intelligence artificielle
Un autre point de discorde majeur concerne l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le processus de production, introduite par Elsevier sans en informer le conseil de rédaction. Cette initiative a entraîné des erreurs de style et de formatage, et a même inversé des versions de papiers qui avaient déjà été acceptées. Les éditeurs ont noté que l’IA reformate régulièrement les manuscrits soumis, ce qui nécessite une surveillance accrue de la part des auteurs et des éditeurs lors de la phase de correction.
Des frais d’auteur prohibitifs
Les frais de publication pour le JHE sont significativement plus élevés que ceux d’autres revues à but lucratif, ce qui rend difficile l’accès à de nombreux auteurs. Les éditeurs ont souligné que cela contredit l’engagement d’Elsevier envers l’égalité et l’inclusivité dans le domaine académique.
Une rupture inévitable
Le point de rupture semble être survenu en novembre, lorsque les coéditeurs ont été informés qu’Elsevier mettait fin au modèle de co-édition, établi depuis 1986, à moins qu’ils n’acceptent une réduction de 50 % de leur rémunération. Cette décision a été perçue comme une atteinte à l’autonomie éditoriale, incitant les membres du conseil à prendre position.
Réflexions sur l’avenir de l’édition scientifique
Ces événements soulèvent des questions cruciales sur l’avenir de l’édition scientifique et sur le rôle des éditeurs dans un environnement de publication en constante évolution. Les démissions collectives du JHE peuvent servir de catalyseur pour d’autres revues, engendrant un débat nécessaire sur les pratiques de publication et la viabilité des modèles économiques actuels.
Il est essentiel que le secteur de l’édition scientifique prenne en compte ces préoccupations pour garantir la qualité et l’intégrité de la recherche publiée. Le besoin croissant d’une approche éthique et inclusive des publications académiques n’a jamais été aussi pressant.


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